Ce lundi 4 septembre 2017 marque le début de l’année scolaire 2017-2018. Des millions d’enfants reprendront les chemins de l’école demain ou dans un avenir proche pour les villes qui pourraient être secouées par le mot d’ordre de grève des principaux syndicats de l’enseignement. Loin de cette confrontation Gouvernement- Syndicats devenue tristement habituelle depuis quelques années, je voudrais regarder la question sous un autre prisme.

L’éducation, nous en convenons tous, est le premier secteur qui conduit au développement. C’est à travers elle que l’être humain comprend et s’intègre dans son monde. Il y impulse les éléments qui améliorent son quotidien. Cependant, en RDC, l’éducation demeure un défi tant pour le gouvernement, les parents mais surtout pour les enseignants face à leurs élèves.
En effet, la RDC, scandale géologique mondialement reconnu, aussi scandale démographique, rajouterais-je, est majoritairement peuplé des jeunes avec un des taux de natalité de plus élevé d’Afrique.
Ce pays, dont le décollage conditionnera celui de la région mais aussi du continent, doit répondre à d’énormes défis pour y arriver. Les principaux défis étant la bonne gouvernance basée sur une bonne affectation des ressources afin d’assurer un équilibre économico-social et social et l’éducation.

Dans cette réflexion, je voudrais me focaliser sur une facette du secteur de l’éducation, celle qui constitue le socle : l’Enseignement Primaire et Secondaire.

Mais d’abord quelques chiffres :

  • Nombre d’enseignants : 542 186 non compris ceux qui ne sont pas mécanisés. 
  • Nombre d’élèves : environs 15 millions
  • Ratio : 1 enseignant pour 20 élèves (standard) mais en RDC, le calcul fait 250 
  • Part dans le budget de l’Etat : environs 16 %.

Ces quelques chiffres illustrent l’étendue des défis à relever dans ce secteur primordial. Il y a quelques jours, j’ai assisté aux obsèques du préfet de mon école sécondaire, l’Institut Lisanga. Marcel Malenso Ndodila, d’heureuse mémoire, a façonné des milliers des jeunes congolais par sa rigueur et son esprit de discipline. Grâce à cette circonstance, j’ai pu revoir mes enseignants de l’époque. 18 ans plus tard, le corps enseignant de l’Institut Lisanga n’a pas changé. Ce qui a changé néanmoins, c’est ma vue d’eux : le regard d’un jeune élève de 17 ans est bien différent de celui d’un homme de 35 ans.
Mais ma joie de les revoir fut soudainement remplacé par un regret ou plutôt de la tristesse lorsque j’ai cherché désespérément à trouver des nouveaux visages sans succès. C’est malheureusement le cas de plusieurs institutions d’enseignement sur toute l’étendue de notre pays.
Ces enseignants, sont en réalité, des « héros » vivant avec un salaire maigre. L’exposition permanente à la poussière de la craie blanche, les bruits des élèves toujours aussi capricieux et turbulents mais la volonté de former et de transmettre des générations successives reste de marbre. Hommages à ces soldats qui se sacrifient pour former l’élite d’aujourd’hui et de demain. Je suis votre produit et vous dis toute ma reconnaissance.

Aujourd’hui, la moyenne d’âge des Enseignants se situe entre 50 et 60 ans, la plus élevée du monde. Un petit détour à la Mutuelle de Santé des Enseignants (MESP) nous a permis de constater que très souvent les cas de maladies traités sont liés, aux yeux, à la tension artérielle, … Généralement, des maladies des personnes de troisième âge.

A l’ère du digital et des NTIC, l’éducation s’informatise mais la plupart d’Enseignants n’ont que peu la maîtrise de ces outils ordinateurs, tablettes tactiles et autres nouveaux supports technologiques pris en compte dans l’éducation dans d’autres pays. Il est donc urgent, dès maintenant, de travailler pour la prise en compte de cette adaptation technologique.

Ma tristesse est encore plus grande quand je regarde les débats politiques actuels dominés comme depuis le temps de l’indépendance par une guerre d’ego, une querelle permanente de positionnement. A l’ère où tout le monde ne jure que par le rajeunissement de la classe politique, il est peut-être temps de penser à rajeunir le corps enseignant et nous préparerons mieux l’avenir.

J’invite donc urgemment le Gouvernement à renverser cette tendance par quelques mesures suivantes :

  1. L’élaboration et la mise en œuvre d’un programme de recrutement des jeunes pour travailler dans le secteur de l’Education au même titre que le programme de recrutement des jeunes dans l’Administration publique ;
  2. La mise à la retraite de ceux qui sont éligibles en envisageant un mécanisme de reconversion professionnelle devant garantir et rassurer leur survie ;
  3. L’amélioration des conditions salariales des Enseignants assorties d’une prime supplémentaire pour une bonne prise en charge de jeunes devant assurer la rélève ;
  4. Garantir des formations permanentes, la mise à niveau, le renforcement des capacités et le recyclage des Enseignants dans la perspective d’adaptation du système éducatif aux impératifs de développement de notre pays ;
  5. La Valorisation de la profession enseignante en lui redonnant sa place de noblesse et de dignité dans la société.

Le développement du Congo passera d’abord par l’éducation non par les mines ni par les diamants avec leurs effets pervers notamment le faible taux de scolarisation dans le Katanga et dans le Kasaï. Il nous faut donc une éducation opérationnelle avec des écoles et ensuite des universités compétentes qui forment au savoir-faire et au savoir-être.

L’éducation forme le potentiel humain qui permet de développer les autres potentiels.

Ainsi, avant de rajeunir la classe politique toujours dominée par des jeunes depuis 1960 et qui y vieillissent, rajeunissons d’abord la classe enseignante.

 

Patrick MUYAYA

  1. Coco Zingila says:

    sans éducation, pas de développement. Sans le savoir, il nous sera difficile, voir impossible de voir notre chère Patrie se developer. L’école congolaise est vieillissante; stagnante et tristement en déclin. La non-considération dont souffre le corps enseignant, n’inspire sans doute pas la jeune génération à s’y lancer. Le chantier est énorme, il nous concerne tous, nous tous qui aimons ce pays. S’il est vrai que le gouvernement devrait se saisir du dossier, il l’est autant pour la société civile de réfléchir sur son apport, le monde associatif, ONG sérieux œuvrant dans le domaine de
    la formation, fondations etc, tous concernés. Sous d’autres cieux les enseignants bénéficient de
    divers programmes de formations
    Continues dans le but de se mettre à niveau, être en phase avec l’évolution de ce noble métier, cela peut et doit être également le cas en RDC, si nous voulons voir le changement dans la rue. Alors rajeunissons le corps enseignant, permettons l’envol de la RDC.

  2. Gaetan Munkeni says:

    Edifiant. Ce faible taux de scholarité dans le Katanga, notamment, se fait ressentir plusieurs années plus tard dans le domaine de la sous-traitance minière par exemple dont l’expertise reste essentiellement étrangère.

  3. Judith Bernadette Kiganga says:

    Je suis emmu qu’il a encore au congo des jeunes cadre qui réfléchissent encore pour les autres
    Que dieu protége et vous prête main forte

  4. Votre texte…oui j’ai lu cet article avec beaucoup d’attention et je remercie PMK et toute son equipe pour cette approche judicieux.
    je voudrais bien etre dans la casquette d’un decideur politique dans l’hemicycle de l’assemblee national pour en donner une voix (echo) sur la tribune.
    honneur aux chevaliers de la craie.

  5. Jared Panzu Bbk says:

    Le rajeunissement de la classe enseignante ne peut qu’être possible si l’État Congolais y mets toutes les batteries en marche, lesquelles batteries renvoient à plusieurs défis entre autres :

    1. Améliorer les conditions de travail des enseignants à travers des opportunités de développement des carrières professionnels y compris les compétences de transmission techniques des matières à la génération remplaçante.

    2. Fournir des mesures d’accompagnement à la fois financière et non financière pour encourager ceux qui seront donc appeler à les remplacés afin de s’adonner comme il se doit dans cette profession.

    3. Prendre les dispositions législatives nécessaire pour afin ramener le statut inférieur que porte celui-ci a un statut plus avantageux quant a certains privilèges ( assurance médicale… etc ).

    4. Doter la profession des outils adéquats pour l’exercice noble a leurs charges, construction des écoles qui répondent aux normes internationales avec matériels pédagogiques appropriés ( Bibliothèque ).

    Puisque nous devons reconnaître que ce goulot d’étranglement administratif qui fait en sorte que l’enseignant se sente négligé et traité de manière injuste par l’État au regard de toutes ces perturbations incohérentes et incessantes est au coeur des grèves… De telle manière que le rajeunissement sera effectif et avec bien d’impacts positifs.

    • Samba Christy says:

      Merci mon frère honorable Patrick Muyaya de rejoindre notre lutte.
      En tant que attaché de bureau 2 eme classe je reçois 106000 FC.
      Comment avec un tel salaire le gouvernement peut encourager la jeunesse à devenir enseignant.
      Beaucoup de campagne pour encourager les parents à envoyer leurs filles à l’école primaire mais aucun effort n’est fourni pour améliorer le salaire et le social de l’enseignant .
      Le gouvernement continue de construire les écoles mais refuse de mécaniser les​ nouvelles unités. Dilemme. Qui vont enseigner dans ces nouvelles écoles?
      Merci pour votre soutien

  6. danny shimuna says:

    le développement du secteur de l’éducation est important à l’ère où nous revons d’un Congo moderne.
    je pense que les propositions sont bonnes mais si nous le prennons au sens décroissant, soit :
    1. La Valorisation de la profession enseignante en lui redonnant sa place de noblesse et de dignité dans la société.

    2 Garantir des formations permanentes, la mise à niveau, le renforcement des capacités et le recyclage des Enseignants dans la perspective d’adaptation du système éducatif aux impératifs de développement de notre pays ;
    3. cfr liste des urgences ci-haut @patrick muyaya…

    cette palette de proposition pourra ainsi être vu d’une manière progressiste car la demande d’emploi dans le secteur public d’enseignement est inexistant , l’appel au rajeunissement sans processus visé pour moi est impossible.

    je pense que le développement de la RD congo est impossible si nous ne passons pas par  » la transition démocratique » qui va améliorer l’offre interne à cours terme du secteurs économie et sociales enfin de répondre à la question « combien produire et quoi produire  » (ex. combien d’enseignant produire pour combien d’élèves) .

  7. Simplice MPANE says:

    Votre texte…
    Le rajeunissement de la classe enseignante ne peut avoir lieu que lorsque l’Etat Congolais se met à s’approprier de la dite secteur en rélévant plusieur défis. on peu citer quelques uns

    1. Ameliorer les conditions de vie des enseignants, c’est pour les encourager de faire leur travail en âme et conscience tout en sachant qu’ils sont là pour former les futurs cadres de ce pays
    2.Luter contre la corruption qui a gagné le secteur de l’enseignement depuis la première année.
    3.Doter à ses écoles les materiel nécessaire permettant une meilleure formation aux élèves.
    4.subventioner les écoles chaque année pour bien préparer l’année scolaire.
    5.Organiser les ateliers de formation aux bénefice des ensignant car, le monde de l’enseignement demande aussi beacoup des recherches pour s’enrichir intelectuellement, afin de bien cerner ce que l’on doit transmettre aux autres.

    Enfin, c’est à l’Etat d’appliquer tout ces défis pour rajeunir la classe de l’enseignement qui est l’un des élement de développement d’un Etat.

  8. Tatiana Baye says:

    Nôtre pays est tellement concentré sur des questions d’intérêt (les politiques et la société civile) qu’il oublie le plus important,la jeunesse. Toutes ces discussions et ces pseudos combats ne servent à rien si ceux qui doivent prendre la relève demain sont laisser aux oubliettes;lorsque nous voyons la dégradation de la jeunesse congolaise,cela nous fait réaliser à quel point notre pays va mal.cet état des choses nous ramène à la base même qui est l’éducation;certe en premier lieu ces sont nos familles qui ont la charge de notre éducation mais l’école,en a une plus grande charge parce qu’elle nous forme au delà de ce que la famille peut nous apprendre.Et on en vient à parler des Enseignants,ces personnes exceptionnelles qui sans nous connaître accepte de nous transmettre leur savoir,nous supporter afin que nous devenons des personnes dans la société ;ces personnes qui ont formées beaucoup de « Nom »(personnes connues dans divers domaines) sont les plus délaisser,dévaloriser.
    A la question « aimeriez vous devenir enseignant  » 80% de jeunes répondent Non Et souvent la raison est qu’ils sont mal payés;Et celà nous emmènes à nous demander comment rajeunir la classe des enseignants alors que ce métier si noble (la base de tout) n’a pas de valeur en RDC.
    Les enseignants sont tellement mal payer qu’ils sont obligés de recourir à certaines pratiques pour ne pas mourir de faims.
    Il y’a tellement à dire à ce sujet que nous demandons à nos représentants de regarder l’essentiel « l’éducation et leur acteurs » car ce secteur est un des plus importants pour le développement que nous cherchons.

  9. Tatiana baye says:

    Nôtre pays est tellement concentré sur des questions d’intérêt (les politiques et la société civile) qu’il oublie le plus important,la jeunesse. Toutes ces discussions et ces pseudos combats ne servent à rien si ceux qui doivent prendre la relève demain sont laisser aux oubliettes;lorsque nous voyons la dégradation de la jeunesse congolaise,cela nous fait réaliser à quel point notre pays va mal.cet état des choses nous ramène à la base même qui est l’éducation;certe en premier lieu ces sont nos familles qui ont la charge de notre éducation mais l’école,en a une plus grande charge parce qu’elle nous forme au delà de ce que la famille peut nous apprendre.Et on en vient à parler des Enseignants,ces personnes exceptionnelles qui sans nous connaître accepte de nous transmettre leur savoir,nous supporter afin que nous devenons des personnes dans la société ;ces personnes qui ont formées beaucoup de « Nom »(personnes connues dans divers domaines) sont les plus délaisser,dévaloriser.
    A la question « aimeriez vous devenir enseignant » 80% de jeunes répondent Non Et souvent la raison est qu’ils sont mal payés;Et celà nous emmènes à nous demander comment rajeunir la classe des enseignants alors que ce métier si noble (la base de tout) n’a pas de valeur en RDC.
    Les enseignants sont tellement mal payer qu’ils sont obligés de recourir à certaines pratiques pour ne pas mourir de faims.
    Il y’a tellement à dire à ce sujet que nous demandons à nos représentants de regarder l’essentiel « l’éducation et leur acteurs » car ce secteur est un des plus importants pour le développement que nous cherchons.

  10. michel Baelo says:

    Belle dissertation, et pourrait être une bonne initiative pour une bonne reforme. Mais cas cela ne tienne, cette question touche tout le secteur actif de notre pays. Cependant, à mon humble avis, je pense qu’il va falloir étendre cette reforme qui en fait garantirait un avenir meilleur pour non seulement cette génération mais également celle à venir..

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